Rando

Larzac – Carnet de Bord

20 avril 2018

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1. Marcher sur le Causse du Larzac c’était un rêve de gamine. Une gamine qui a beaucoup lu, et comme ce mot « Larzac » était pour moi, évocateur. Une gamine qui a beaucoup lu, enfermée entre quatre murs, alors que tombait la petite pluie fine et grise du Nord. J’aime la pluie mais qu’on me donne de l’espace ! Sur le Causse du Larzac, j’ai aimé le vent, la pluie, la caillasse et ces collines herbeuses gris presque bleu ponctuées de buissons de buis roussis, et parcourir cette terre de moutons et de bergers, entièrement quadrillée de clôtures mais où le chemin bien balisé se laisse facilement découvrir. Il faut ouvrir et refermer les portes de bois, emprunter les passerelles métalliques et parfois chercher le panneau « Passage » qui indique l’endroit stratégique où de gros cailloux bien placés permettent de franchir le fil.

2. Je suis allée marcher sur le Causse du Larzac, comme une gamine, qui a un peu grandi et à qui on vient d’offrir un bout d’univers. J’y ai trouvé le gris, j’y ai trouvé les « bouissières », ces passages au milieu de haies de buis qui permettaient le cheminement des bêtes et des hommes. Toutes différentes, plus ou moins denses, aujourd’hui encore, elles offrent un passage rassurant et couvert. Je me suis laissé guider ; le plus jouissif étant de ne pas savoir où j’allais arriver.

3. Et puis, je suis retournée marcher sur le Causse du Larzac. J’ai repris le chemin où je l’avais laissé, avec dans mon sac une saucisse du Nord de l’Aveyron, du pain et des radis. Sur le GR, le balisage se fait anecdotique et l’itinéraire s’étire plus long que prévu. Je dis souvent que j’ai au dessus de la tête une étoile qui veille sur moi et me guide. Elle me porte aussi puisque je n’attends jamais longtemps quand je fais du Stop. A la fin de cette première journée, au bout d’un très long chemin, dans une Ferme fromagère, je suis allée à la rencontre, la vraie rencontre, d’une personne rencontrée sur Instagram, il y a quelques semaines à peine. Ces écrans où nous fixons nos yeux, ces liens impromptus ou ces amis retrouvés, nous donnent une impression de proximité autant que d’éloignement mais nous offrent aussi la possibilité de vivre et de vivre bien.

4. Le Larzac a des couleurs si douces, surtout au Printemps, qu’on a du mal à imaginer que c’est une terre de rebelles et d’exaltés : « Des moutons pas des canons », la Bergerie Reproche et sur les panneaux d’interdiction de pénétrer dans le camp militaire, des déclarations d’amour. De cette histoire mouvementée, chacun a sa version, et comme j’aime les écouter. Le Larzac a des couleurs douces mais on n’a aucun mal à imaginer qu’il est déjà arrivé qu’il y fasse moins 20 degrés pendant tout un mois. De quoi calmer les envies de retour à la terre.

5. Le dernier jour, je n’ai que quelques heures devant moi et cette idée fixe, comme imprimée dans mon esprit.  Je crois que j’ai eu d’abord très envie de marcher dans ce paysage parce que vu de la Nationale, il ne me paraissait pas réél. J’ai su quand j’y ai enfin marché, que je voulais en fait sentir l’herbe sèche craquer sous mes chaussures de randonnée. J’avais à peine garé la voiture, qu’un Randonneur m’avait demandé si j’avais besoin d’informations. Je lui ai dit où je voulais aller et il m’a dit qu’il allait m’y emmener. Nous voilà partis pour une heure de marche rapide, aussi rapide que le débit de ses paroles. Il a été professeur des écoles ; il est aujourd’hui pilote et se révèle profondément amoureux du Larzac où ses ancêtres et lui vivent depuis l’an 900. Tout y passe : les Celtes, les Romains, Joseph (oui Joseph) Bové et ses histoires de cœur, la météorite du Mont Seigne, et la grosse D’ondon, les bussières (prononcer « boussières »), les recs, les canalettes, Pline le jeune, Rimbaud et les desaxés. Il me laisse devant le Rajal des Gorps en me disant de me tracer, en enjambant les clôtures à moutons (lui, poursuit sa Rando). C’est ce que j’ai fait. Pour mon plus grand bonheur.

Un peu plus loin, et bien plus tard, j’ai croisé un militaire à la retraite qui avait trouvé au sol les clefs de voiture du Pilote. J’ai fait le rapprochement au petit avion de métal accroché à l’anneau. Tout s’est bien terminé mais c’est une autre histoire…

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Comments (4)

  • avril 3, 2018 by Florine

    Florine

    Oh tu étais chez nous alors. Dommage je ne connaissais pas par ici avant. J’espère que tu t’es régalée !

    • avril 4, 2018 by Agathe

      Agathe

      Je suis contente que tu aies lu ces textes parce que ça t’explique bien à quel point je suis tombée amoureuse de ton coin!

  • avril 5, 2018 by Nadine G

    Nadine G

    Je vous retrouve, merci de la recette- Amitiés Sincères.

    • avril 9, 2018 by Agathe

      Agathe

      Oui me revoilà! Merci de suivre…!!! et contente aussi de vous retrouver!

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